"Cette chasse nouvelle aux sexualités périphériques entraîne une incorporation des perversions et une spécification nouvelle des individus. La sodomie - celle des anciens droits, civil ou canonique - était un type d'actes interdits ; leur auteur n'en était que le sujet juridique. L’homosexuel du 19ème siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un caractère, une forme de vie ; une morphologie aussi, avec une anatomie indiscrète et peut-être une physiologie mystérieuse. Rien de ce qu’il est au total n’échappe à sa sexualité. Partout en lui, elle est présente : sous-jacente à toutes ses conduites parce qu’elle en est le principe insidieux et indéfiniment actif ; inscrite sans pudeur sur son visage et sur son corps parce qu'elle est un secret qui se trahit toujours. Elle lui est consubstantielle, moins comme un péché d’habitude que comme une nature singulière. Il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l’homosexualité s’est constituée du jour où on l’a caractérisée – le fameux article de Westphal en 1870, sur les "sensations sexuelles contraires", peut valoir comme date de naissance - moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin. L’homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu’elle a été rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d’androgynie intérieure, un hermaphrodisme de l'âme. Le sodomite était un relaps, l'homosexuel est maintenant une espèce." Michel Foucault (1976) Histoire de la sexualité, 1 : la volonté de savoir.
Malgré tout le respect que je porte à Michel Foucaud, et bien que je sois d’accord avec le fond de son discours, le raccourci historique attribuant à Westphal en 1870, la naissance d’une caractérisation sociale ou médicale de l’homosexualité n’est pas exact.
L’histoire des homosexualités met en interrogation les pratiques sexuelles bien sûr, les représentations et les mots mis sur ces pratiques, mais aussi sur les identités sexuelles, la manière dont les homosexuels se voient et sont perçus par la société.
Avant l’acte fondateur d’une caractérisation, l’homosexuel était un sodomite, terme juridique qui depuis des siècles servait aux tribunaux à qualifier l’acte qui était répréhensible et bien souvent fortement puni. Selon les mots que l’on emploie pour désigner l’homosexualité, celle-ci s’est vue prise en otage par la religion, par l’état, par la justice, par la médecine puis la psychanalyse, et enfin par la société.
Tant de noms les homosexuels ont subi. Tant de sobriquets, tant d’insultes. Un mot, juste un mot pour définir ce qu’ils sont. Comme si ce qu’ils sont peut se définir en un mot. Mais au moins un mot, autre que celui de sodomite, de bougre, ou de tapette ; un mot qui met l’homosexuel à égalité avec cette autre pratique qu’est l’hétérosexualité. Juste un mot pour se caractériser, se reconnaitre, s’identifier un peu, et s’accepter. Ce qui n’a pas de nom, n’a pas d’existence.
Tant de noms les homosexuels ont subi. Tant de sobriquets, tant d’insultes. Un mot, juste un mot pour définir ce qu’ils sont. Comme si ce qu’ils sont peut se définir en un mot. Mais au moins un mot, autre que celui de sodomite, de bougre, ou de tapette ; un mot qui met l’homosexuel à égalité avec cette autre pratique qu’est l’hétérosexualité. Juste un mot pour se caractériser, se reconnaitre, s’identifier un peu, et s’accepter. Ce qui n’a pas de nom, n’a pas d’existence.
Même si le mot "homosexualité" n’est que la suite d’une longue liste qui le caractèrise,"bardache", "bougre"(de "bulgare") Terme employé pour désigner les hérétiques albigeois, cathares et bulgares ; il prendra progressivement les sens d'homosexuel jusqu'au début du XIXe siècle, "castor" au XVIe-XVIIe, "culiste", "infâme", "tante" au XVIIIe, "rivette", "corvette", "persilleuse", "sodomite" ou "pédéraste" au XIXe, il a l'avantage d'être porté par les voix des médecins. Enfin, les homosexuels deviennent un groupe à part entière.
Même si beaucoup de chemin restera à faire. C’est autour de ce mot que vont s’organiser tant de forces qui seront l’émergence de l’acceptation d’une sexualité par une société qui les a portée au bûcher pour ce qu’ils sont. La libération d’une façon d’aimer.
Concernant l’histoire de l’homosexualité, deux écoles s’affrontent. D’un côté les existentialistes, de l’autre les constructivistes. Pour les essentialistes, il s’agit d’une attirance entre des individus de même sexe qui existe toujours et partout, avec des proportions, une acceptabilité sociale et une visibilité variables. Mais pour les « constructionnistes », l’homosexualité est une catégorie très récente, qui n’a aucun sens avant le XIXe siècle. Comme le dit David Halperin, « l’homosexualité présuppose la sexualité, et la sexualité elle-même […] est une invention moderne constructionniste »
Concernant l’histoire de l’homosexualité, deux écoles s’affrontent. D’un côté les existentialistes, de l’autre les constructivistes. Pour les essentialistes, il s’agit d’une attirance entre des individus de même sexe qui existe toujours et partout, avec des proportions, une acceptabilité sociale et une visibilité variables. Mais pour les « constructionnistes », l’homosexualité est une catégorie très récente, qui n’a aucun sens avant le XIXe siècle. Comme le dit David Halperin, « l’homosexualité présuppose la sexualité, et la sexualité elle-même […] est une invention moderne constructionniste »
HOMODESIRIBUS:
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